Le président ghanéen John Dramani Mahama
Le président ghanéen John Dramani Mahama salue l’ouverture de Londres à des excuses pour son rôle dans la traite transatlantique, mais estime que la reconnaissance historique doit s’accompagner de mesures concrètes. La restitution du patrimoine africain, la lutte contre le racisme et les investissements dans le développement figurent parmi ses priorités.
Le Ghana appelle le Royaume-Uni à présenter des excuses officielles pour son rôle dans la traite transatlantique des esclaves africains. Cette demande intervient après que le Premier ministre britannique, Andy Burnham, s’est déclaré ouvert à une telle démarche, tout en excluant le versement de réparations financières.
Dans une déclaration rendue publique par la présidence ghanéenne, le chef de l’État, John Dramani Mahama, a accueilli cette évolution avec un optimisme prudent, y voyant une avancée dans le débat international sur les responsabilités historiques liées à l’esclavage et au colonialisme.
Pour Accra, une reconnaissance formelle constituerait une étape importante, mais elle ne saurait suffire à répondre aux conséquences durables de plusieurs siècles de déportation et d’exploitation des populations africaines.
Londres ouvre la porte aux excuses, mais refuse les indemnisations
Dans une tribune publiée le 30 octobre par le quotidien britannique The Guardian, Andy Burnham a reconnu la gravité des crimes commis dans le cadre de la traite transatlantique et s’est dit disposé à examiner les demandes d’excuses officielles au nom de l’État britannique.
Le chef du gouvernement a également proposé l’ouverture d’un dialogue structuré avec les pays et les communautés concernés.
Il a toutefois rejeté le principe de réparations financières, estimant que les citoyens britanniques actuels ne pouvaient être tenus personnellement responsables d’actes commis par les générations précédentes.
Cette distinction entre reconnaissance morale et responsabilité matérielle constitue désormais le principal point de divergence.
Pour les défenseurs de la justice réparatrice, les demandes ne portent pas uniquement sur la culpabilité individuelle des générations actuelles, mais aussi sur les conséquences historiques et institutionnelles de l’esclavage.
Cinq priorités pour une justice réparatrice
John Dramani Mahama souhaite que le dialogue dépasse la seule question des excuses.
Le président ghanéen propose cinq axes de discussion : la présentation d’excuses officielles, la lutte coordonnée contre le racisme systémique et l’afrophobie, des investissements ciblés dans les secteurs sociaux, la restitution du patrimoine culturel spolié et la mise en place de partenariats de développement.
Les investissements envisagés concerneraient notamment l’éducation, la recherche scientifique, l’autonomisation des jeunes, la santé et la résilience climatique.
Accra souhaite également que les discussions prennent en considération les inégalités économiques structurelles et les difficultés liées à l’endettement des pays en développement.
Le président ghanéen défend ainsi une conception élargie de la réparation, associant mémoire historique, restitution culturelle et transformation des relations économiques internationales.
L’Union africaine et les Caraïbes appelées à participer
Mahama plaide pour un dialogue de bonne foi réunissant l’Union africaine, la Communauté des Caraïbes (CARICOM), la diaspora africaine et les États ayant participé à la traite transatlantique.
Cette initiative s’inscrit dans une mobilisation diplomatique plus large, portée conjointement par plusieurs pays africains et caribéens.
Le Ghana avait notamment présenté une résolution adoptée en mars 2026 par l’Assemblée générale des Nations unies, qualifiant la traite transatlantique et l’esclavage racialisé des Africains de crime d’une gravité historique exceptionnelle.
Le Royaume-Uni s’était abstenu lors du vote, exprimant des réserves sur la formulation du texte et sur l’établissement d’une hiérarchie entre les atrocités historiques.
Pour Accra, l’ouverture désormais affichée par Londres constitue donc une évolution politique notable, même si les désaccords sur les réparations demeurent.
Un débat qui concerne l’ensemble du continent africain
La démarche ghanéenne dépasse les relations bilatérales avec le Royaume-Uni.
Elle s’inscrit dans une réflexion africaine sur les héritages de l’esclavage et de la colonisation, la restitution des biens culturels et les formes de coopération susceptibles de corriger certaines inégalités héritées de l’histoire.
Le Ghana occupe une place particulière dans cette mémoire. Plusieurs forts et châteaux situés sur son littoral, notamment à Cape Coast et Elmina, ont été des lieux majeurs de détention et de départ des Africains déportés vers les Amériques.
La question des réparations reste néanmoins complexe. Elle soulève des interrogations sur les responsabilités des États, les bénéficiaires des éventuelles mesures, leur financement et les critères permettant d’évaluer les préjudices historiques.
Les partisans de la démarche insistent sur la continuité des conséquences économiques et sociales de l’esclavage. Ses détracteurs contestent notamment le principe d’une responsabilité financière transmise entre générations.
De la reconnaissance historique aux engagements concrets
L’ouverture britannique pourrait permettre de relancer les discussions internationales, mais elle ne constitue pas encore une décision de présenter des excuses officielles.
Le désaccord sur les compensations financières demeure également entier.
Pour le Ghana, l’enjeu consiste désormais à transformer une disposition au dialogue en engagements vérifiables, notamment dans les domaines de la restitution patrimoniale, de l’éducation et du développement.
La portée de cette initiative dépendra donc moins de la seule formulation d’excuses que de la capacité des parties à définir des mesures communes.
À travers cette démarche, Accra entend faire de la mémoire de l’esclavage non seulement une question de reconnaissance du passé, mais aussi un enjeu de justice et de coopération internationale.