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Maroc : près de 779 000 crimes et infractions enregistrés en huit mois, avec un taux d’élucidation annoncé de 92 %

03 novembre 2026 - 08:32

Selon le bilan du ministère de l’Intérieur, 48 % des affaires enregistrées concernent des atteintes aux personnes et aux biens. Face aux défis de la sécurité publique, les autorités misent sur le renforcement de la présence policière, la lutte contre la cybercriminalité et le déploiement de technologies de surveillance fondées sur l’intelligence artificielle.

Rabat, le 2 novembre 2026. Les services de sécurité marocains ont enregistré 779 319 crimes et infractions au cours des huit premiers mois de 2026, selon un rapport du ministère de l’Intérieur consacré au bilan de ses activités. Parmi ces affaires, 248 502 relèvent de catégories d’infractions ayant une incidence directe sur le sentiment de sécurité des citoyens. Le document fait également état d’un taux d’élucidation de 92 %, présenté comme un indicateur de l’efficacité des investigations et des interventions menées par les services compétents.

Ces chiffres mettent en évidence l’ampleur de l’activité des services de sécurité, sans permettre à eux seuls de conclure à une hausse ou à une baisse de la criminalité. Une telle appréciation nécessiterait une comparaison avec les mêmes périodes des années précédentes, ainsi qu’une analyse de l’évolution des plaintes et des pratiques d’enregistrement. Le rapport révèle néanmoins les priorités de la politique sécuritaire marocaine, désormais marquée par une articulation croissante entre présence policière, exploitation des données et nouvelles technologies.

Près de la moitié des affaires concernent les personnes et les biens

D’après les données communiquées par le ministère de l’Intérieur, les affaires liées aux atteintes aux personnes et aux biens représentent environ 48 % de l’ensemble des crimes et infractions enregistrés à l’échelle nationale. Cette catégorie occupe ainsi une place importante dans l’activité des services de sécurité, en raison notamment de ses conséquences directes sur la vie quotidienne et la perception de la sécurité dans l’espace public. Le rapport ne fournit toutefois pas, dans les éléments rendus publics, une ventilation détaillée permettant de distinguer les différentes formes de violence et d’atteintes aux biens.

Les infractions considérées comme ayant une incidence sur le sentiment de sécurité représentent, pour leur part, près de 32 % du total national, soit 248 502 affaires. Ces deux catégories ne doivent pas être additionnées mécaniquement, leurs périmètres statistiques pouvant se recouper. Le ministère souligne également une forte concentration géographique des faits enregistrés : plus de 68 % concernent les espaces urbains, contre moins de 32 % dans les zones rurales. Cette répartition doit cependant être interprétée à la lumière de la densité démographique et de l’intensité des activités économiques dans les villes.

Le bilan fait état de 353 236 personnes interpellées et déférées devant la justice entre janvier et fin août 2026. Parallèlement, les services de sécurité auraient élucidé 92 % des affaires enregistrées durant cette période. Ce taux, particulièrement élevé, traduit selon le ministère les résultats obtenus par les dispositifs d’enquête et de recherche. Il importe néanmoins de distinguer l’élucidation policière d’une affaire de son aboutissement judiciaire, une transmission à la justice ne préjugeant ni de la culpabilité des personnes concernées ni de la décision des tribunaux.

Une stratégie fondée sur la présence policière et le ciblage des zones sensibles

Pour renforcer la sécurité publique, le ministère de l’Intérieur indique privilégier une approche reposant sur l’intensification de la présence des forces de l’ordre dans les espaces publics et le développement d’opérations ciblées. Les interventions concernent notamment les secteurs identifiés comme particulièrement exposés à certaines formes de délinquance, aussi bien dans les villes que dans les territoires ruraux. L’objectif affiché consiste à améliorer la prévention, à accélérer les interventions et à renforcer la capacité de réaction des services de sécurité.

Cette stratégie s’accompagne d’un recours accru aux techniques de police scientifique et aux outils modernes d’investigation. L’exploitation des indices matériels, le traitement des informations et le croisement des données doivent permettre d’améliorer l’identification des suspects et la résolution des affaires. Le ministère entend ainsi développer une approche davantage fondée sur l’analyse des phénomènes criminels, plutôt que sur la seule multiplication des interventions ponctuelles. Cette évolution suppose toutefois des investissements durables dans la formation, les équipements et la coordination entre les différents services.

Intelligence artificielle et reconnaissance faciale : une nouvelle étape

L’un des volets les plus significatifs du rapport concerne la volonté d’étendre l’utilisation de l’intelligence artificielle dans le domaine sécuritaire. Les autorités envisagent de renforcer les capacités d’analyse des données relatives à la criminalité afin de mieux identifier les zones sensibles et d’orienter les patrouilles vers les secteurs nécessitant une vigilance particulière. Cette démarche s’inscrit dans une transformation plus large des méthodes de prévention et de surveillance, fondée sur l’exploitation de volumes croissants d’informations.

Le ministère prévoit également le développement de réseaux de vidéosurveillance urbaine, associés à des systèmes automatisés d’analyse des images. Le recours à des technologies de reconnaissance faciale dans certains sites stratégiques figure parmi les dispositifs envisagés pour la sécurisation des grands événements. Les caméras installées dans les rues et aux principales intersections pourraient également contribuer à repérer des véhicules suspects, à surveiller la circulation et à faciliter la gestion du trafic grâce à des applications d’intelligence artificielle.

Ces perspectives soulèvent néanmoins des questions importantes concernant la protection des données personnelles, la proportionnalité des dispositifs de surveillance et les garanties encadrant l’utilisation de la reconnaissance faciale. Si ces technologies peuvent contribuer à améliorer certaines capacités opérationnelles, leur efficacité dépend de la fiabilité des systèmes employés et de la qualité des contrôles exercés sur leur utilisation. L’enjeu consiste à concilier les impératifs de sécurité avec le respect de la vie privée et des libertés individuelles, dans un cadre juridique clairement défini.

Cybercriminalité : 38 brigades spécialisées et sept laboratoires numériques

Face à la diversification des infractions commises dans l’environnement numérique, le ministère de l’Intérieur annonce le renforcement de ses structures spécialisées dans la lutte contre la cybercriminalité. Le dispositif comprend désormais 38 brigades spécialisées au sein des structures territoriales déconcentrées de sécurité. Leur mission consiste à améliorer les capacités d’identification, de recherche et d’investigation concernant les infractions liées aux technologies de l’information et de la communication, dont les méthodes évoluent rapidement.

Sept laboratoires spécialisés dans l’exploitation et l’analyse des traces numériques ont également été mis en place, dont deux structures centrales et cinq laboratoires régionaux. Ces équipements doivent permettre aux enquêteurs de traiter les éléments de preuve électroniques, d’analyser les supports numériques et de renforcer les investigations nécessitant des compétences techniques avancées. Leur développement traduit l’importance croissante accordée à la criminalistique numérique dans les procédures d’enquête, à mesure que les activités économiques et les échanges sociaux se numérisent.

Vers une plateforme nationale de suivi de la criminalité

Le rapport annonce enfin le lancement d’un projet de plateforme nationale destinée au suivi des phénomènes criminels. Cette infrastructure devrait permettre de numériser et de centraliser les statistiques produites par les services compétents, afin de disposer d’informations actualisées et plus facilement exploitables. L’objectif est de renforcer la cohérence des données disponibles et de faciliter la définition des priorités stratégiques en matière de sécurité publique, notamment à travers une meilleure connaissance de la répartition territoriale des infractions.

La centralisation de ces informations pourrait également contribuer à améliorer l’évaluation des politiques de prévention, à condition que les données soient comparables dans le temps et accompagnées d’indicateurs suffisamment précis. Au-delà du nombre d’affaires enregistrées ou élucidées, l’appréciation de la situation sécuritaire suppose de prendre en compte la gravité des infractions, leur fréquence rapportée à la population et l’évolution du sentiment de sécurité des citoyens. Ces dimensions demeurent essentielles pour mesurer les résultats concrets des politiques publiques.

À travers ce bilan, le ministère de l’Intérieur dessine les contours d’une politique sécuritaire davantage tournée vers l’anticipation, la spécialisation des enquêteurs et l’utilisation des technologies numériques. Le véritable défi sera de transformer ces moyens supplémentaires en améliorations mesurables de la sécurité quotidienne, tout en garantissant la transparence des pratiques et le respect des droits fondamentaux. Car l’efficacité d’une politique de sécurité ne se mesure pas uniquement à la quantité d’infractions traitées, mais également à la confiance qu’elle parvient à instaurer entre les citoyens et les institutions chargées de leur protection.

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