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Maroc : les femmes majoritaires dans l’enseignement supérieur, mais leur participation économique plafonne à 19 %

04 novembre 2026 - 09:00

Alors qu’elles représentent 56,1 % des effectifs de l’enseignement supérieur, les femmes marocaines demeurent largement sous-représentées sur le marché du travail. Leur taux d’activité n’atteint que 19 % en 2025, contre 68,5 % pour les hommes. Un paradoxe persistant qui révèle les limites de la transformation des progrès éducatifs en autonomie économique.

Le Maroc enregistre depuis plusieurs années une progression notable de la présence féminine dans l’enseignement supérieur. Pourtant, cette avancée ne se traduit pas par une amélioration comparable de l’insertion professionnelle des femmes.

Selon le Rapport sur le budget axé sur les résultats tenant compte de l’aspect genre, accompagnant le projet de loi de finances 2027, et dont les données ont été rapportées par AlYaoum24, les femmes représentaient 56,1 % des effectifs de l’enseignement supérieur durant l’année universitaire 2024-2025, contre 51,6 % quatre ans auparavant.

Cette évolution contraste fortement avec leur faible participation à l’activité économique, qui demeure l’un des principaux défis structurels du marché du travail marocain.

Un écart de près de 50 points entre femmes et hommes

En 2025, le taux d’activité des femmes s’établissait à seulement 19 %, contre 68,5 % pour les hommes, soit une différence de 49,5 points de pourcentage.

Plus préoccupant encore, la participation économique féminine a nettement reculé sur le long terme. Elle est passée de 30,4 % en 1999 à 19 % en 2025, soit une baisse de 11,4 points.

Cette évolution met en évidence une contradiction majeure : alors que les femmes accèdent davantage à l’éducation et aux qualifications, leur présence dans la population active continue de diminuer.

Le taux d’activité mesure la proportion de personnes qui occupent un emploi ou en recherchent activement un. Il ne doit donc pas être confondu avec le taux d’emploi, qui concerne uniquement les personnes effectivement en poste.

Les diplômées du supérieur davantage exposées au chômage

Les difficultés d’insertion professionnelle sont particulièrement marquées chez les femmes diplômées.

D’après les données du rapport, le taux de chômage des femmes titulaires de diplômes supérieurs atteint 34 %, contre 19,7 % chez les hommes disposant d’un niveau de formation comparable.

L’écart se retrouve également parmi les personnes possédant un diplôme de niveau intermédiaire : 25 % des femmes sont au chômage, contre 13,5 % des hommes.

En revanche, les taux sont presque identiques chez les personnes sans diplôme, avec 4,8 % pour les femmes et 4,6 % pour les hommes.

Ces chiffres ne signifient pas que les femmes sans diplôme bénéficient d’une meilleure insertion professionnelle. Le chômage étant calculé parmi les personnes actives, un faible taux peut aussi coexister avec une très faible participation au marché du travail.

Ils montrent surtout que l’obtention d’un diplôme ne garantit pas aux Marocaines un accès à l’emploi dans des conditions comparables à celles des hommes.

Les jeunes femmes particulièrement touchées par l’inactivité

Le rapport attire également l’attention sur la situation des jeunes qui ne travaillent pas, ne suivent pas d’études et ne bénéficient d’aucune formation, une catégorie désignée par l’acronyme NEET.

En 2023, le Maroc comptait 2,94 millions de jeunes âgés de 15 à 29 ans dans cette situation. Les femmes en représentaient environ 72 %, soit plus de sept personnes sur dix.

Cette surreprésentation féminine constitue un signal préoccupant pour les politiques d’éducation, d’emploi et d’insertion sociale.

Elle souligne notamment la nécessité de mieux accompagner la transition entre la formation et le premier emploi, mais aussi de comprendre les obstacles qui éloignent durablement certaines jeunes femmes du marché du travail.

Au-delà des diplômes, des obstacles structurels à surmonter

Le décalage entre les performances éducatives et la participation économique invite à examiner plusieurs facteurs susceptibles de freiner l’accès des femmes à l’emploi.

Les difficultés de mobilité, l’insuffisance des structures de garde d’enfants, la répartition inégale des responsabilités familiales, les disparités territoriales et les pratiques discriminatoires dans le recrutement peuvent contribuer à cette situation.

Toutefois, les chiffres présentés ne permettent pas, à eux seuls, de mesurer le poids respectif de chacun de ces facteurs. Une analyse plus approfondie, distinguant notamment les milieux urbain et rural, les tranches d’âge et les secteurs d’activité, serait nécessaire pour identifier les principaux mécanismes à l’œuvre.

L’enjeu ne consiste donc pas uniquement à accroître le nombre de femmes diplômées, mais à créer les conditions économiques et sociales leur permettant de valoriser leurs qualifications.

Un défi majeur pour le développement économique du Maroc

La faible participation des femmes représente un enjeu qui dépasse la seule question de l’égalité entre les sexes.

Elle limite la mobilisation des compétences disponibles, réduit le potentiel de création de richesse et freine l’autonomie financière d’une partie importante de la population.

Pour les pouvoirs publics, le défi est désormais de rapprocher les politiques éducatives, les dispositifs d’insertion professionnelle et les mesures favorisant l’accès et le maintien des femmes dans l’emploi.

Les données accompagnant le projet de loi de finances 2027 rappellent ainsi une réalité essentielle : les progrès de la scolarisation et de l’enseignement supérieur, aussi importants soient-ils, ne suffisent pas à garantir l’égalité économique.

Au Maroc, la question n’est plus seulement de permettre aux femmes d’accéder aux études supérieures, mais de faire en sorte que leurs qualifications se traduisent réellement en perspectives professionnelles et en indépendance économique.

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