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Textile marocain : le « Made in Morocco » face au défi de produire davantage de valeur ajoutée

04 novembre 2026 - 09:06

Le Maroc veut transformer en profondeur son industrie textile en réduisant sa dépendance à la sous-traitance et aux matières premières importées. L’objectif annoncé à Casablanca est de ramener de 77 % à 50 % la part du modèle de confection CMT dans les exportations de vêtements. Une ambition qui suppose de développer la production locale de tissus et de fils, d’attirer de nouveaux investissements et de renforcer la capacité des entreprises marocaines à maîtriser l’ensemble de la chaîne de valeur.

L’industrie textile marocaine se trouve à un tournant stratégique. Longtemps fondée sur sa proximité avec les marchés européens, sa réactivité et ses capacités de confection, elle cherche désormais à évoluer vers un modèle industriel davantage intégré, capable de générer plus de valeur ajoutée sur le territoire national.

C’est l’orientation défendue mardi 3 novembre à Casablanca par Omar Hejira, secrétaire d’État chargé du Commerce extérieur, lors de l’ouverture de la 23e édition du Salon international du textile et de l’habillement « Maroc in Mode ».

Au cœur de cette stratégie figure une question déterminante : comment passer d’une industrie essentiellement spécialisée dans la confection de vêtements à une filière capable de produire une part croissante de ses propres matières premières, de développer ses marques et de conquérir de nouveaux marchés ?

Réduire la dépendance à la sous-traitance

Le modèle CMT, pour Cut, Make and Trim, repose principalement sur les opérations de coupe, de confection et de finition réalisées pour le compte de donneurs d’ordre, souvent étrangers.

Ce système a permis au Maroc de développer une industrie exportatrice et de s’insérer dans les chaînes internationales de production de l’habillement. Il présente néanmoins des limites, notamment lorsque les entreprises locales interviennent sur une partie restreinte du processus industriel.

Selon les données présentées par Omar Hejira, ce modèle représente actuellement 77 % des exportations marocaines de vêtements. Les pouvoirs publics ambitionnent de ramener progressivement cette proportion à 50 %.

L’enjeu n’est pas nécessairement de réduire les activités de confection, mais de développer parallèlement des segments industriels à plus forte valeur ajoutée, notamment la fabrication de tissus, la filature, le développement de produits et les activités liées à la création.

Une diminution de la part du CMT ne constituerait donc un progrès réel que si elle s’accompagnait d’une montée en gamme et d’une augmentation de la valeur produite localement.

Près de 80 % des tissus et des fils sont importés

La dépendance aux approvisionnements extérieurs constitue l’une des principales fragilités structurelles du secteur.

D’après les chiffres avancés lors du salon, près de 80 % des tissus et des fils utilisés par les industriels marocains proviennent de l’importation.

Cette situation expose les entreprises aux fluctuations des prix internationaux, aux perturbations logistiques et aux variations des délais d’approvisionnement.

Elle limite également les retombées économiques nationales d’une partie des exportations de vêtements, puisque la valeur des produits finis incorpore une proportion importante d’intrants achetés à l’étranger.

Pour y remédier, les autorités souhaitent encourager l’émergence d’une industrie locale capable de fournir davantage de matières premières aux unités de confection.

Mais cette intégration suppose des investissements industriels conséquents, une disponibilité énergétique compétitive, des compétences spécialisées et des débouchés suffisamment importants pour assurer la rentabilité des nouvelles installations.

Un investissement de 2,3 milliards de dirhams annoncé pour 2027

Dans cette perspective, Omar Hejira a évoqué un projet d’investissement de 2,3 milliards de dirhams dont le déploiement est prévu en 2027.

Selon les prévisions présentées, ce projet pourrait générer 7 000 emplois, tandis que 80 % de sa production seraient destinés à l’exportation.

L’investissement devrait contribuer au développement de la production nationale d’intrants textiles et à une meilleure intégration industrielle du secteur.

Ces perspectives restent toutefois des objectifs annoncés. Leur réalisation devra être appréciée à partir de la mise en service effective des capacités de production, des emplois créés et de leur contribution réelle à la réduction des importations.

Au-delà de ce projet, le défi sera de construire un écosystème industriel suffisamment diversifié pour répondre aux besoins des fabricants marocains tout en maintenant leur compétitivité internationale.

L’Afrique, un marché à conquérir au-delà de l’Europe

Le repositionnement du textile marocain s’accompagne également d’une volonté de diversification commerciale.

Omar Hejira a invité les opérateurs à tirer davantage parti des infrastructures logistiques et portuaires du Royaume, ainsi que de sa position géographique, pour explorer de nouveaux débouchés.

L’Afrique figure parmi les marchés prioritaires, notamment à travers les perspectives offertes par la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf).

Cette orientation pourrait permettre aux entreprises marocaines de réduire leur dépendance à un nombre limité de marchés et de développer des partenariats industriels et commerciaux sur le continent.

La conquête de ces débouchés nécessitera néanmoins une connaissance approfondie des marchés, des circuits de distribution adaptés et une offre compétitive en matière de prix, de qualité et de délais.

Formation, innovation et transition environnementale

La transformation de l’industrie textile ne pourra se limiter à l’acquisition de nouveaux équipements.

Elle exige également des compétences dans des domaines tels que le design, l’ingénierie textile, la gestion industrielle, le marketing international et la digitalisation.

Présent à l’ouverture du salon, Salah Eddine Abkari, secrétaire d’État chargé de la Jeunesse, a insisté sur la nécessité de rapprocher les jeunes des entreprises et d’adapter les formations aux besoins des métiers industriels.

La transition environnementale constitue un autre enjeu important pour le secteur, particulièrement dans un contexte de durcissement des exigences de durabilité sur les marchés internationaux.

Le recyclage de l’eau industrielle, la valorisation des déchets textiles et l’utilisation de fibres durables figurent parmi les pistes mises en avant lors de cette édition.

Ces transformations pourraient renforcer la compétitivité des producteurs marocains, à condition de s’accompagner d’investissements accessibles aux entreprises et de mécanismes crédibles de contrôle environnemental.

« Maroc in Mode », vitrine des ambitions industrielles

Organisée du 3 au 5 novembre à Casablanca par l’Association marocaine des industries du textile et de l’habillement (AMITH), en collaboration avec CEMS-Global USA, la 23e édition de « Maroc in Mode » réunit plus de 200 exposants représentant 25 pays.

Déployé sur environ 8 000 mètres carrés, le salon comprend sept espaces thématiques consacrés notamment à la confection, aux marques marocaines, aux tissus, aux machines, à l’innovation et aux services.

Au-delà de sa dimension commerciale, cette manifestation illustre les ambitions d’un secteur qui cherche à consolider son positionnement international.

Le véritable enjeu du « Made in Morocco » ne sera pas seulement d’augmenter le volume des vêtements exportés, mais de faire progresser la part de la valeur créée au Maroc, depuis les matières premières jusqu’aux produits finis.

C’est à cette condition que la transformation annoncée pourra se traduire par une industrie plus intégrée, des emplois durables et une compétitivité moins dépendante de la seule sous-traitance.

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