Le gouvernement marocain exclut, pour l’heure, toute intervention directe visant à plafonner les prix des carburants ou les marges des distributeurs. Son porte-parole, Samir Belfkih, met en garde contre le coût d’un retour au système de compensation, estimé à près de 70 milliards de dirhams. Mais cette position relance une question essentielle : comment protéger le pouvoir d’achat des ménages sans compromettre les équilibres budgétaires ni laisser les consommateurs subir seuls les fluctuations du marché ?
Rabat, le 6 novembre 2026. — Le gouvernement marocain maintient sa position sur la régulation du marché des carburants. Interrogé jeudi, à l’issue du Conseil de gouvernement, sur les appels à limiter les bénéfices des sociétés de distribution, son porte-parole, Samir Belfkih, a écarté cette éventualité dans les circonstances actuelles, invoquant les conséquences financières d’une intervention sur les prix.
Pour justifier cette orientation, le responsable gouvernemental a notamment évoqué le coût potentiel d’un rétablissement du système de compensation des produits pétroliers, qui pourrait atteindre 70 milliards de dirhams.
Un montant que l’exécutif juge difficilement compatible avec ses engagements budgétaires, alors que le projet de loi de finances pour 2027 prévoit, selon les chiffres présentés par le porte-parole, une enveloppe de 62 milliards de dirhams consacrée à la protection du pouvoir d’achat.
Le spectre d’un retour à la compensation
Dans son argumentation, le gouvernement établit un lien entre le plafonnement des prix ou des marges des distributeurs et le risque d’un retour à un mécanisme de subvention publique.
L’exécutif considère qu’une telle orientation pourrait imposer à l’État de mobiliser des ressources considérables pour absorber les écarts entre les prix du marché et les niveaux administrativement fixés.
Le ministre de l’Économie et des Finances, Fouzi Lekjaa, avait déjà défendu une position similaire devant les députés, en évaluant le coût d’un retour à la compensation des carburants dans une fourchette comprise entre 50 et 70 milliards de dirhams.
Le gouvernement privilégie ainsi le maintien des équilibres des finances publiques et les dispositifs de soutien ciblés, plutôt qu’un rétablissement généralisé des subventions sur les produits pétroliers.
Toutefois, une distinction économique mérite d’être soulignée : plafonner les marges bénéficiaires des distributeurs, fixer un prix maximal à la pompe et subventionner les carburants sont trois mécanismes différents.
Le premier encadre la rémunération des opérateurs, le deuxième intervient sur le prix payé par le consommateur et le troisième mobilise directement des ressources publiques pour compenser une partie des coûts.
Leur impact budgétaire dépend donc des modalités retenues. L’estimation de 70 milliards de dirhams concerne le retour à la compensation et ne constitue pas, à elle seule, une évaluation du coût d’un simple encadrement des marges.
La fiscalité reste une piste de discussion
Si le gouvernement ferme pour l’instant la porte au plafonnement, il laisse ouverte la réflexion sur d’autres instruments susceptibles d’atténuer la facture énergétique des ménages.
Samir Belfkih a notamment évoqué les propositions relatives à une réduction de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) ou de la taxe intérieure de consommation (TIC) appliquées aux carburants.
Ces pistes demeurent au stade du débat, sans engagement gouvernemental précis sur leur éventuelle adoption.
Une diminution de la fiscalité pourrait contribuer à réduire les prix à la pompe, mais elle entraînerait également une baisse des recettes publiques, dont l’ampleur dépendrait des taux retenus et des volumes consommés.
La question est donc celle de l’arbitrage entre le soulagement immédiat des consommateurs et le financement des autres politiques publiques.
Le pouvoir d’achat au cœur des préoccupations
Au-delà du prix affiché dans les stations-service, le coût des carburants se répercute sur de nombreux secteurs de l’économie.
Le transport des marchandises, les déplacements professionnels et certaines activités productives dépendent directement de l’évolution des prix du gasoil et de l’essence.
Ces variations peuvent, à leur tour, influencer les coûts de distribution et les prix payés par les ménages.
Le gouvernement affirme vouloir préserver le pouvoir d’achat à travers les mécanismes de soutien social et les aides destinées aux secteurs les plus exposés.
Il mise également sur une détente des cours pétroliers internationaux, susceptible de se transmettre progressivement au marché national.
Reste à déterminer dans quelle mesure cette évolution bénéficiera effectivement aux automobilistes et aux entreprises.
Une question de régulation et de transparence
Le débat sur les carburants dépasse désormais la seule alternative entre libéralisation et subvention.
Il porte également sur le fonctionnement concurrentiel du marché, la formation des prix et la transparence des marges pratiquées par les différents opérateurs.
Dans un secteur où les prix internationaux, les coûts logistiques, la fiscalité et les stratégies commerciales interviennent simultanément, une régulation efficace suppose de distinguer clairement la part de chacun de ces facteurs.
La protection du consommateur peut ainsi passer par plusieurs leviers, allant du renforcement de la concurrence à une meilleure surveillance du marché, sans nécessairement reproduire les mécanismes traditionnels de compensation.
En écartant le plafonnement des marges, le gouvernement réaffirme sa priorité budgétaire. Mais le débat reste ouvert sur les instruments capables de concilier discipline financière, concurrence effective et protection du pouvoir d’achat.
C’est sur ce terrain que se jouera, au-delà des annonces, la crédibilité de sa politique face aux fluctuations des prix de l’énergie.