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Paraguay : Santiago Peña menacé de destitution après l’effondrement d’une banque liée à son passé financier

06 novembre 2026 - 09:13

Le président paraguayen a présenté sa démission jeudi après avoir perdu le soutien de son propre parti, mais le Congrès l’a laissée en suspens et engagé une procédure de destitution. À l’origine de cette crise politique majeure, l’intervention d’Ueno Bank, dont près de trois millions de clients ont vu leurs fonds temporairement bloqués. Entre manifestations massives, soupçons de conflits d’intérêts et enquêtes pénales, le pays traverse une période de forte incertitude institutionnelle.

En l’espace de trois jours, une crise bancaire s’est transformée en séisme politique au Paraguay. Le président Santiago Peña, âgé de 47 ans, doit faire face ce vendredi à une procédure de destitution devant le Sénat, après avoir annoncé sa démission jeudi sous la pression de la rue et d’une partie de sa propre majorité.

La démission du chef de l’État n’a toutefois pas encore pris effet. Le Congrès a laissé la question en suspens, tandis que la Chambre des députés a approuvé à l’unanimité la mise en accusation du président.

Cette situation inédite place le pays devant une double urgence : assurer la continuité institutionnelle et répondre à l’inquiétude de millions d’épargnants privés d’accès à leurs fonds.

Ueno Bank, le déclencheur de la crise

Tout a commencé mardi 3 novembre, lorsque la Banque centrale du Paraguay a décidé d’intervenir auprès d’Ueno Bank en raison d’une grave insuffisance de capital.

L’établissement, devenu en quelques années un acteur important de la banque numérique paraguayenne, revendiquait près de trois millions de clients.

Il gérait également des dépôts de plusieurs organismes publics, notamment des fonds liés au système de prévoyance sociale.

La suspension des opérations a immédiatement provoqué une vague d’inquiétude. Des milliers de clients ont tenté de récupérer leurs économies, tandis que les difficultés d’accès aux comptes se répercutaient sur les dépenses quotidiennes des ménages.

Mais l’affaire a rapidement dépassé le cadre strictement bancaire.

Le président Peña avait détenu des participations dans le groupe entrepreneurial contrôlant Ueno Bank, participations dont il s’était séparé en 2025.

L’opposition l’accuse d’avoir favorisé l’établissement à travers certaines décisions réglementaires et le placement de ressources publiques.

Ces accusations, qui portent notamment sur de possibles conflits d’intérêts, doivent encore être examinées par la justice. Le chef de l’État conteste avoir commis des irrégularités.

La rue se mobilise, le pouvoir se fissure

Depuis mercredi, les manifestations se sont multipliées à Asunción et dans plusieurs autres villes du pays.

Épargnants, étudiants, retraités et salariés réclament la restitution de leurs fonds et des explications sur les circonstances de la faillite bancaire.

Des heurts ont opposé certains manifestants aux forces de l’ordre, qui ont utilisé des gaz lacrymogènes et des canons à eau.

La contestation a pris une tournure décisive jeudi lorsque l’ancien président Horacio Cartes, dirigeant du Parti Colorado et ancien mentor de Santiago Peña, a annoncé son soutien à la procédure de destitution.

Privé de l’appui d’une partie essentielle de son camp, le président a alors annoncé sa démission dans une vidéo diffusée sur le réseau social X.

Il a expliqué vouloir préserver la paix sociale et la stabilité démocratique, tout en présentant ses excuses aux Paraguayens.

Son annonce n’a cependant pas mis fin à la crise.

Une bataille institutionnelle autour de la destitution

La Chambre des députés a approuvé, par 78 voix, la mise en accusation du président.

Elle a en revanche rejeté une procédure similaire visant le vice-président Pedro Alliana, appelé à lui succéder en cas de départ définitif.

Une séance parlementaire destinée à statuer sur la démission présidentielle a ensuite été interrompue faute de quorum.

L’enjeu dépasse la seule succession à la tête de l’État.

L’opposition redoute qu’une démission acceptée avant la conclusion de la procédure de destitution ne permette à Santiago Peña de conserver certaines protections juridiques liées à son statut d’ancien président.

Les conséquences exactes de ce statut sur d’éventuelles poursuites pénales font l’objet de controverses.

Le Sénat doit examiner l’accusation à partir de vendredi matin. Peña a annoncé qu’il se présenterait pour défendre sa position.

Parallèlement, le parquet paraguayen a ouvert des enquêtes portant sur la supervision d’Ueno Bank, les circonstances de son effondrement et le placement de fonds publics dans l’établissement.

L’ascension puis la chute d’un président technocrate

La rapidité de la crise contraste avec le parcours politique de Santiago Peña.

Né en novembre 1978 à Asunción, cet économiste formé au Paraguay et à l’université Columbia, aux États-Unis, avait travaillé à la Banque centrale et au Fonds monétaire international.

Devenu ministre des Finances sous la présidence de Horacio Cartes, il s’était imposé comme l’une des figures montantes du Parti Colorado.

Élu président en 2023 avec environ 43 % des suffrages, il incarnait alors une nouvelle génération de responsables politiques, associant expertise économique, conservatisme et proximité avec les milieux d’affaires.

Sur le plan international, il avait consolidé les relations avec Washington, maintenu les liens diplomatiques privilégiés du Paraguay avec Taïwan et affiché son soutien à Israël.

Mais ses anciennes relations financières avec le groupe contrôlant Ueno Bank ont progressivement nourri les soupçons de proximité excessive entre pouvoir politique et intérêts privés.

La perte du soutien de Horacio Cartes, l’homme qui avait largement contribué à son ascension, illustre l’ampleur de son isolement actuel.

Restaurer la confiance, au-delà du changement de président

Si la procédure aboutit à la destitution de Santiago Peña, Pedro Alliana devrait assurer la continuité du pouvoir jusqu’au terme du mandat présidentiel prévu en 2028.

Mais le changement de dirigeant ne suffira pas à résoudre les conséquences économiques et sociales de la crise.

La restitution des dépôts, la protection des ressources publiques et l’établissement des responsabilités constituent désormais les principales attentes de la population.

Les autorités devront également convaincre que les difficultés d’Ueno Bank ne compromettent pas la stabilité de l’ensemble du système financier.

Au-delà du sort de Santiago Peña, cette crise pose une question fondamentale : comment garantir l’indépendance des institutions de contrôle lorsque les frontières entre responsabilités publiques et intérêts financiers deviennent contestées ?

Pour le Paraguay, le véritable défi sera de rétablir simultanément la confiance des citoyens dans leurs banques et dans leurs institutions démocratiques.

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