Une vingtaine de vols ont été visés jeudi par des menaces d’explosifs, entraînant le déroutement de plusieurs appareils et l’intervention d’avions de chasse dans différents pays européens. Tous les avions ont atterri sans incident et aucune bombe n’a été découverte. L’origine des messages demeure inconnue, même si certains revendiquent le nom d’un mouvement ultranationaliste russe, sans qu’un lien ait pu être établi.
Bruxelles, le 6 novembre 2026. — Le trafic aérien européen a de nouveau été perturbé jeudi par une série de fausses alertes à la bombe visant des avions de ligne, pour la troisième journée cette semaine.
Au moins une vingtaine de vols commerciaux, principalement assurés par des compagnies à bas coûts, ont fait l’objet de menaces signalant la présence supposée d’explosifs à bord.
Les incidents ont particulièrement concerné des liaisons en provenance ou à destination de l’Italie, de la Bulgarie et de la République tchèque.
Les autorités ont déclenché plusieurs procédures d’urgence, mobilisant notamment des avions de chasse pour escorter des appareils civils et ordonnant le déroutement de certains vols.
Aucun explosif n’a finalement été découvert et tous les avions concernés ont pu atterrir sans incident.
Des avions de chasse mobilisés dans plusieurs pays
Au moins cinq vols ont nécessité l’intervention d’avions militaires.
En Bulgarie, l’armée de l’air a escorté trois appareils de Ryanair en provenance de Madrid, Copenhague et Londres, tous initialement à destination de Sofia.
En France, des chasseurs ont accompagné un avion d’Aer Lingus assurant la liaison Dublin-Rome. L’appareil a été dérouté vers la base aérienne d’Évreux, située à une centaine de kilomètres à l’ouest de Paris.
Un vol Ryanair reliant Londres à Sofia a été redirigé vers Plovdiv, tandis qu’un appareil de Wizz Air effectuant la liaison Milan-Varsovie a dû se poser à Vienne.
D’autres menaces ont touché des vols associés aux aéroports de Prague, Belgrade, Bucarest, Bruxelles et Madrid.
Malgré l’ampleur des mesures de sécurité, les perturbations sont restées limitées à l’échelle du continent.
Selon Eurocontrol, 25 072 vols étaient programmés jeudi dans l’espace aérien européen. La vingtaine d’appareils concernés représentait donc une part très faible du trafic quotidien.
Des courriels anonymes signés « Male State »
Les enquêteurs cherchent désormais à identifier les auteurs des messages à l’origine de ces alertes.
Plusieurs menaces ont été adressées par courrier électronique à des aéroports européens, notamment à Rome et à Sofia.
Certains messages, consultés par l’AFP, se présentaient comme émanant de combattants de « Male State », une appellation qui correspond à celle d’un mouvement ultranationaliste russe.
Ce groupe d’extrême droite, connu pour ses activités de propagande et son soutien à la guerre en Ukraine, avait été classé comme organisation extrémiste par la justice russe en 2021.
Mais aucune preuve ne permet, à ce stade, de confirmer que ses membres sont à l’origine des alertes.
Lou Osborn, fondatrice de l’organisation Inpact, spécialisée dans l’analyse des activités clandestines russes, a souligné auprès de l’AFP les incertitudes entourant les liens éventuels entre ce mouvement et les responsables politiques russes.
La revendication figurant dans un courriel ne saurait, en elle-même, constituer une preuve d’identité ou de responsabilité.
Il reste également à établir si les différentes menaces ont été coordonnées ou si elles proviennent de plusieurs auteurs.
Bruxelles appelle à la prudence
Le commissaire européen aux Transports, Apostolos Tzitzikostas, a condamné les menaces visant les passagers et les équipages.
Il a également estimé qu’il était prématuré de conclure à l’existence de liens entre les différents incidents.
Ces alertes interviennent dans un climat de vigilance accrue face aux menaces hybrides en Europe, dont certaines ont été attribuées, lors d’affaires distinctes, à des acteurs liés à des puissances étrangères.
Les autorités européennes restent toutefois prudentes quant à l’interprétation des événements de cette semaine.
Aucun élément rendu public ne permet de rattacher directement cette série de fausses alertes à une opération étatique ou à une organisation identifiée.
Au Royaume-Uni, les aéroports de Birmingham et de Heathrow ont également signalé des menaces qui se sont révélées infondées ou ont été jugées non crédibles.
La sécurité aérienne face au coût des fausses alertes
Même lorsqu’elles ne reposent sur aucun danger réel, les menaces à la bombe entraînent des conséquences importantes.
Le déroutement d’un avion, la mobilisation de moyens militaires, les inspections des appareils et la réorganisation du trafic nécessitent une coordination complexe entre plusieurs autorités nationales.
Ces interventions représentent également des coûts pour les compagnies aériennes et les services de sécurité.
Les responsables du transport aérien doivent ainsi concilier deux impératifs : traiter sérieusement toute menace susceptible de mettre en danger des vies humaines et limiter les perturbations provoquées par des alertes malveillantes.
Les incidents de cette semaine illustrent la difficulté de cet équilibre dans un espace aérien européen particulièrement dense et interconnecté.
Si les opérations de sécurité ont permis d’éviter toute conséquence grave, la multiplication des fausses alertes soulève désormais une question centrale : s’agit-il d’actes isolés destinés à semer la panique ou d’une campagne organisée visant à perturber le transport aérien européen ?
La réponse dépendra des investigations en cours et de la capacité des autorités à identifier les auteurs des messages anonymes.