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Sahara marocain : pour Mohamed Choukair, le différend russo-américain porte sur l’avenir de la MINURSO, et non sur la résolution 2797

02 novembre 2026 - 17:58

Le politologue marocain Mohamed Choukair estime que les divergences entre Moscou et Washington concernent principalement la nature et les missions de la présence onusienne au Sahara. Selon lui, la résolution 2797 demeure la référence politique fondamentale du processus de règlement, tandis que l’avenir de la MINURSO s’impose comme un nouvel enjeu diplomatique.

Les divergences entre la Russie et les États-Unis autour de l’avenir de la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (MINURSO) relancent le débat sur l’évolution du dispositif onusien au Sahara marocain. Pour le politologue Mohamed Choukair, le désaccord entre les deux puissances ne remet pas directement en cause les orientations de la résolution 2797 du Conseil de sécurité, mais concerne essentiellement la configuration, le mandat et les perspectives de la mission.

Dans une déclaration au site d’information Al Yaoum 24, Mohamed Choukair considère que la confrontation diplomatique entre Moscou et Washington traduit deux approches différentes de la présence des Nations unies sur le terrain, dans un contexte marqué par l’évolution du cadre politique de règlement du différend régional.

Selon lui, la résolution 2797 demeure une référence essentielle pour toute négociation future, indépendamment des désaccords sur le maintien ou la transformation de la MINURSO.

Moscou et Washington divisés sur le mandat de la MINURSO

D’après l’analyse de Mohamed Choukair, le projet américain prévoyait une modification de la dénomination de la mission onusienne ainsi qu’une réduction de sa composante militaire. La Russie aurait, de son côté, privilégié une reconduction du mandat jusqu’au 31 octobre 2027, tout en conservant l’appellation actuelle de la MINURSO.

Cette divergence révèle, selon le politologue, une opposition sur la manière d’adapter la présence des Nations unies aux nouvelles données diplomatiques du dossier.

Washington défendrait ainsi une évolution du dispositif onusien, tandis que Moscou privilégierait la continuité institutionnelle de la mission.

Mohamed Choukair interprète cette confrontation comme une manifestation de la rivalité entre les deux puissances au sein du Conseil de sécurité, chacune cherchant à peser sur la définition du rôle futur de l’ONU dans la région.

Le risque d’un vide institutionnel

L’absence d’un accord sur la prolongation du mandat de la MINURSO soulève également des interrogations quant à la continuité de ses activités.

Mohamed Choukair estime qu’une expiration du mandat sans renouvellement pourrait entraîner une suspension de certaines missions et contraindre les membres du Conseil de sécurité à reprendre les discussions sur la nature et les objectifs de la présence onusienne.

Un tel scénario ouvrirait une période d’incertitude institutionnelle, même si la fin d’un mandat ne signifie pas nécessairement la dissolution automatique de la mission.

La question ne serait donc plus uniquement celle de la reconduction de la MINURSO, mais aussi celle de son éventuelle transformation en un dispositif mieux adapté à l’évolution du processus politique.

La résolution 2797 reste au centre du processus politique

Pour Mohamed Choukair, le différend entre Moscou et Washington ne saurait être interprété comme une remise en cause de la résolution 2797, adoptée par le Conseil de sécurité le 31 octobre 2025.

Cette résolution a renforcé la place de l’initiative marocaine d’autonomie dans les discussions sur la recherche d’une solution politique au différend.

Dans la lecture du politologue, elle constitue désormais le cadre de référence autour duquel doivent s’articuler les prochaines étapes du processus diplomatique.

Il distingue ainsi la dimension politique du règlement, liée aux orientations du Conseil de sécurité, de la dimension opérationnelle, relative à la présence et aux attributions de la MINURSO.

Cette distinction est déterminante : un désaccord sur les mécanismes de mise en œuvre ou sur l’avenir d’une mission onusienne ne signifie pas nécessairement un rejet du cadre politique précédemment adopté.

Quelles conséquences pour la diplomatie marocaine ?

Mohamed Choukair estime que les divergences entre les grandes puissances ne doivent pas être considérées automatiquement comme un revers pour Rabat.

Selon lui, elles pourraient, au contraire, favoriser une remise à plat du rôle de la MINURSO et ouvrir la voie à une réflexion sur son adaptation aux orientations diplomatiques actuelles.

Dans cette perspective, l’enjeu pour le Maroc serait de préserver la dynamique internationale autour de son initiative d’autonomie, tout en accompagnant les discussions relatives à l’évolution de la présence onusienne.

Le politologue évoque également la satisfaction exprimée par les autorités marocaines à l’égard des développements diplomatiques récents, qu’il interprète comme le signe d’une évolution du traitement international de la question du Sahara.

Cette appréciation reste toutefois une lecture politique. L’adaptation éventuelle du mandat de la MINURSO demeure soumise aux décisions du Conseil de sécurité et aux équilibres diplomatiques entre ses membres.

Une nouvelle étape dans le traitement du dossier du Sahara

Au-delà des positions américaine et russe, l’analyse de Mohamed Choukair met en évidence une question fondamentale : comment articuler l’évolution du cadre politique de règlement avec celle des instruments institutionnels mis en place par les Nations unies ?

La MINURSO, créée en 1991, s’inscrit dans un contexte historique différent de celui qui prévaut aujourd’hui. Son éventuelle transformation poserait néanmoins des questions importantes concernant la surveillance du cessez-le-feu, la stabilité régionale et l’accompagnement du processus politique.

La rivalité entre Moscou et Washington pourrait donc compliquer la recherche d’un consensus sur les modalités de la présence onusienne, sans nécessairement modifier les orientations politiques déjà inscrites dans les résolutions du Conseil de sécurité.

Pour Mohamed Choukair, l’essentiel du débat réside précisément dans cette distinction entre le cadre politique du règlement et l’avenir opérationnel de la MINURSO.

Le défi diplomatique consiste désormais à déterminer quelle forme de présence onusienne pourrait accompagner les prochaines étapes du processus politique, dans un contexte où le plan marocain d’autonomie occupe une place centrale dans les discussions internationales.

Un veto confirmé, mais une interprétation qui appelle des nuances

Le scrutin du 30 octobre 2026 confirme la profondeur du désaccord : le projet américain a recueilli 11 voix favorables, trois abstentions et a été bloqué par le veto russe. Le contre-projet présenté par Moscou n’a pas davantage été adopté, obtenant seulement trois voix favorables, une voix contre et onze abstentions. Le mandat de la MINURSO est ainsi arrivé à échéance le 31 octobre, sans renouvellement.

Le secrétaire général des Nations unies a annoncé le début du retrait de la mission à compter du 1er novembre, après 35 années de présence.

L’interprétation de Mohamed Choukair mérite néanmoins une précision : les réserves russes ne concernaient pas uniquement la dénomination ou les moyens de la MINURSO. Moscou contestait également certaines formulations politiques du projet américain, notamment celles relatives à l’autodétermination et à la place accordée au plan d’autonomie marocain.

 

 

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