Selon un rapport du ministère de l’Intérieur, les autorités marocaines ont également porté assistance à 8 288 personnes entre janvier et août 2026. Le document alerte sur le rôle croissant des réseaux sociaux dans le recrutement des candidats à la migration et l’organisation des traversées clandestines.
Les autorités marocaines ont déjoué 58 153 tentatives de migration irrégulière et démantelé 148 réseaux criminels spécialisés dans le trafic de migrants au cours des huit premiers mois de 2026, selon des données du ministère de l’Intérieur rendues publiques dans le cadre de son bilan d’activité accompagnant le projet de budget 2027.
Entre le 1er janvier et le 31 août, les opérations menées par les services compétents ont également permis de secourir et d’assister 8 288 personnes, précise le rapport.
Ces chiffres témoignent de la persistance des pressions migratoires auxquelles le Royaume est confronté, dans un environnement régional marqué par les conflits, les difficultés économiques et les conséquences des dérèglements climatiques.
Les réseaux de passeurs investissent l’espace numérique
Le ministère de l’Intérieur attire particulièrement l’attention sur l’évolution des méthodes employées par les réseaux de trafic de migrants.
Les plateformes sociales, les applications de messagerie instantanée et les groupes de discussion chiffrés sont désormais utilisés pour recruter des candidats au départ, diffuser des consignes et coordonner les tentatives de franchissement des frontières.
La rapidité de circulation des messages et les possibilités d’anonymat compliquent l’identification des organisateurs et facilitent la diffusion d’informations trompeuses sur les conditions de passage vers l’Europe.
Le rapport revient notamment sur les événements survenus dans le nord du Maroc en juillet 2026. Selon le ministère, certaines interprétations erronées de décisions judiciaires espagnoles relatives aux procédures de retour ont contribué à faire croire qu’une entrée à la nage dans les villes de Sebta ou Melilia pouvait empêcher toute mesure de refoulement.
Ces informations ont favorisé, selon les autorités, des tentatives individuelles et collectives de traversée, exposant les personnes concernées à des risques importants.
Plus de 4 000 retours volontaires accompagnés
Au-delà de la surveillance des frontières, le bilan met en avant les dispositifs d’assistance et de retour volontaire.
Durant les huit premiers mois de 2026, 4 185 migrants ont bénéficié d’un retour volontaire vers leur pays d’origine, dont 2 140 dans le cadre d’une coordination avec l’Organisation internationale pour les migrations (OIM).
À titre de comparaison, 4 372 personnes avaient bénéficié de ce dispositif sur l’ensemble de l’année 2025, parmi lesquelles 2 808 avec l’appui de l’OIM, d’après les données citées par le ministère.
Les autorités présentent cette politique comme l’un des volets de leur approche de gestion migratoire, associant lutte contre les réseaux criminels, assistance aux personnes vulnérables et coopération avec les représentations diplomatiques des pays d’origine.
Une coopération renforcée avec les partenaires européens et africains
Le rapport souligne également la poursuite des partenariats internationaux en matière de surveillance des frontières, de lutte contre le trafic de migrants et de prévention de la traite des êtres humains.
Cette coopération concerne notamment les échanges de renseignements, la formation, les équipements de surveillance et le partage d’expertise.
Le ministère cite parmi ses partenaires l’agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes Frontex, l’OIM, le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime ainsi que l’UNICEF.
Sur le plan bilatéral, le Maroc a poursuivi ses échanges avec plusieurs pays européens, notamment l’Espagne, la France, la Belgique, les Pays-Bas et la Suisse. La coopération avec les pays africains, particulièrement la Mauritanie, occupe également une place importante dans ce dispositif.
Le défi d’une politique migratoire à plusieurs dimensions
Depuis le lancement de sa politique nationale d’immigration et d’asile en 2013, le Maroc cherche à articuler contrôle des frontières et intégration des migrants installés sur son territoire.
Le ministère rappelle qu’environ 50 000 personnes ont bénéficié des opérations de régularisation engagées en 2014 et 2016, dans le cadre d’une politique destinée à faciliter leur accès aux droits et aux services essentiels.
La position géographique du Royaume, à la jonction de l’Afrique et de l’Europe, contribue à en faire simultanément un pays d’origine, de transit et d’installation.
La multiplication des tentatives de traversée et la transformation des méthodes de recrutement des réseaux criminels posent ainsi un double défi : renforcer la lutte contre le trafic de migrants tout en garantissant la protection des personnes concernées.
Si les chiffres publiés par le ministère permettent de mesurer l’ampleur des opérations de contrôle et d’assistance, ils ne suffisent pas, à eux seuls, à établir l’évolution du nombre de migrants présents sur le territoire ou celle des flux migratoires dans leur ensemble. Ils soulignent néanmoins l’importance prise par la coopération régionale et la prévention des risques dans la gestion de ce dossier.