La présidente de la Commission européenne se rendra à Nuuk les 6 et 7 septembre afin de signer une déclaration politique renouvelée et de lancer un projet de connectivité par satellite. Cette visite vise à consolider l’Union européenne comme partenaire du Groenland, sur fond d’ambitions américaines sur l’île et d’importance stratégique croissante de l’Arctique.
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, se rendra les 6 et 7 septembre au Groenland afin de resserrer les relations entre l’Union européenne et ce territoire autonome danois. La visite associera soutien politique et initiatives concrètes dans les domaines de la connectivité, de la coopération économique et de la politique arctique.
Ursula von der Leyen rencontrera le chef du gouvernement groenlandais, Jens-Frederik Nielsen, ainsi que la Première ministre danoise, Mette Frederiksen. Elle s’entretiendra également avec le Premier ministre des îles Féroé, Beinir Johannesen.
L’objectif annoncé est d’examiner les principaux défis et les possibilités qui se présentent au Groenland et à l’ensemble de la région arctique, dont l’importance s’est accrue pour des raisons climatiques, économiques, technologiques et sécuritaires. La présidente sera accompagnée du commissaire européen aux Partenariats internationaux, Jozef Síkela, et du conseiller spécial pour les relations entre l’UE et l’Arctique, Jyrki Katainen.
Une déclaration politique et un projet satellitaire
La première journée comprendra une sortie en bateau consacrée à l’observation de la calotte glaciaire groenlandaise. Lundi, Ursula von der Leyen, Jens-Frederik Nielsen et Mette Frederiksen se rendront dans les locaux de Tusass, le principal opérateur de télécommunications du Groenland, pour lancer un projet de connectivité satellitaire renforcée.
Les trois dirigeants signeront ensuite une déclaration conjointe renouvelée sur les relations entre l’Union européenne, le Groenland et le Danemark. Ce document doit actualiser un partenariat que Bruxelles souhaite ériger en l’un des piliers de sa future politique arctique.
Le projet satellitaire revêt une importance qui dépasse les seules télécommunications. Dans un territoire immense, faiblement peuplé et composé de nombreuses communautés isolées, la connectivité est essentielle aux services publics, à l’activité économique et à la gestion des situations d’urgence. Elle constitue également une infrastructure stratégique dans une région de plus en plus disputée.
L’UE a ouvert en 2024 un bureau permanent à Nuuk et élargi sa coopération à l’éducation, à la transition énergétique, aux matières premières critiques et aux connexions numériques. La Commission révise actuellement sa politique pour l’Arctique afin de l’adapter aux transformations géopolitiques et environnementales de la région.
Hors de l’UE, mais étroitement lié à elle
Le Groenland bénéficie d’un large régime d’autonomie et appartient au Royaume du Danemark, qui conserve des compétences essentielles en matière de politique étrangère, de défense et de sécurité. L’île a quitté la Communauté économique européenne en 1985, mais entretient une relation particulière avec Bruxelles en tant que pays et territoire d’outre-mer associé.
La visite ne constitue donc pas l’ouverture de négociations en vue d’une intégration du Groenland dans l’Union. Elle vise à approfondir le partenariat bilatéral avec les autorités groenlandaises tout en renforçant la coordination politique avec le Danemark.
Cette distinction est essentielle. Le Groenland n’est pas seulement un territoire stratégique situé entre l’Europe et l’Amérique du Nord. Il possède ses propres institutions, des intérêts économiques spécifiques et une population qui entend participer directement à toute décision concernant son avenir.
L’ombre de Washington
La Commission ne présente pas officiellement cette visite comme une réponse aux États-Unis. Il est néanmoins difficile de la dissocier des déclarations répétées de Donald Trump sur la nécessité, selon lui, d’un contrôle américain du Groenland. Le président des États-Unis a de nouveau défendu cette ambition en juillet 2026, suscitant le rejet des gouvernements danois et groenlandais.
La réponse européenne repose sur deux principes : le respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale du Royaume du Danemark, ainsi que la reconnaissance du droit des Groenlandais à décider eux-mêmes de leur avenir. Le déplacement d’Ursula von der Leyen doit montrer que l’Union peut être un partenaire stable sans se substituer à la volonté de la population de l’île.
Pour être crédible, ce message devra toutefois dépasser la seule compétition avec les États-Unis, la Russie ou la Chine. La coopération européenne devra produire des bénéfices concrets pour le Groenland : de meilleures communications, des investissements, de la formation, un développement durable et un renforcement des capacités institutionnelles.
Un Arctique en recomposition
Le voyage interviendra une semaine après le rejet par les Islandais de la reprise des négociations d’adhésion à l’Union européenne. Le non a recueilli 52,8 % des suffrages, contre 47,2 % pour le oui, avec une participation de 82,6 %. Sans concerner directement le Groenland, ce résultat rappelle l’importance accordée par les sociétés de l’Atlantique Nord à leur autonomie et au contrôle de leurs ressources.
La visite d’Ursula von der Leyen permettra de mesurer la capacité de l’Europe à transformer ses déclarations sur l’Arctique en une présence politique et économique utile. Bruxelles veut approfondir le partenariat ; Nuuk attend du respect et des résultats concrets. C’est entre ces deux exigences que se joue une partie de l’avenir européen dans le Grand Nord.