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Londres répond à Milei : les Malouines « sont et resteront britanniques »

04 septembre 2026 - 17:59

Le gouvernement britannique a réaffirmé sa souveraineté sur l’archipel après l’annonce par Javier Milei de nouvelles sanctions contre les entreprises liées au projet pétrolier Sea Lion. Le président argentin voit dans une éventuelle révision de la position américaine une occasion diplomatique, mais les déclarations de Donald Trump ne constituent pas encore un soutien formel à la revendication de Buenos Aires.

 Le Royaume-Uni a réaffirmé vendredi que les îles Malouines — Falkland pour les Britanniques — « sont et resteront britanniques », après que le président argentin Javier Milei a évoqué des « vents de changement » favorables à la revendication de souveraineté de son pays.

Le ministre britannique des Affaires étrangères, Ed Miliband, a qualifié d’« inébranlable » la position de Londres et affirmé que le maintien de l’archipel sous souveraineté britannique correspondait à la volonté largement majoritaire de ses habitants. Le ministre de la Défense, Wes Streeting, a également assuré que l’engagement britannique envers les îles demeurait « absolu ».

Cette réaction est intervenue après que Milei a durci la revendication argentine lors d’une allocution télévisée, en annonçant plusieurs mesures économiques, juridiques et militaires concernant l’Atlantique Sud.

Le pétrole ravive le différend

L’élément déclencheur est l’avancement du projet pétrolier Sea Lion, situé au nord de l’archipel et exploité par la société israélienne Navitas Petroleum et le groupe britannique Rockhopper Exploration.

L’Argentine considère que cette exploitation ne dispose d’aucune autorisation valable et concerne des ressources naturelles sur lesquelles elle revendique sa souveraineté. Le gouvernement Milei a annoncé un décret visant à accélérer les sanctions et un projet de loi destiné à étendre les pénalités aux entreprises, fournisseurs, actionnaires et dirigeants associés aux activités pétrolières dans la zone.

Le texte prévoit également la création d’un Conseil de sécurité nationale et une coordination accrue entre la Défense, les Affaires étrangères, les services de renseignement et le ministère de l’Économie. Milei a aussi annoncé un renforcement des moyens consacrés à la base navale intégrée de Terre de Feu ainsi que des capacités argentines de surveillance, de télécommunications et de contrôle maritime et aérospatial.

Navitas détient 65 % du projet Sea Lion et Rockhopper 35 %. Les deux entreprises affirment disposer de licences valables délivrées par les autorités des îles et estiment que les mesures argentines ne modifieront pas leur calendrier. Rockhopper maintient son objectif d’une première production de pétrole en 2028.

L’ambiguïté de Trump

Javier Milei a relié son offensive diplomatique aux récentes déclarations de Donald Trump. Le président américain a affirmé qu’il réexaminait la position de Washington sur l’archipel, sans indiquer si cette évaluation conduirait à un changement de politique.

Les États-Unis reconnaissent l’administration britannique des îles, tout en évitant généralement de prendre officiellement position sur leur souveraineté. Pendant la guerre de 1982, Washington avait toutefois abandonné sa neutralité initiale pour apporter un soutien matériel et politique au Royaume-Uni.

Les propos de Trump ne valent donc pas reconnaissance de la revendication argentine. Milei les interprète comme un signal favorable, mais le président américain s’est borné à déclarer qu’il réexaminait « toutes les positions ». Un véritable changement supposerait une décision diplomatique explicite qui n’a, pour l’instant, pas été prise.

Le contexte ajoute une autre dimension. Une modification de la position américaine aurait été envisagée à Washington comme un moyen de pression sur Londres en raison de désaccords relatifs aux dépenses militaires, à l’OTAN et au soutien britannique aux opérations américaines contre l’Iran. La question des Malouines pourrait ainsi servir de levier dans un différend plus large entre alliés.

Deux interprétations opposées

Le Royaume-Uni fonde sa position sur le principe d’autodétermination. Lors du référendum organisé en 2013, 99,8 % des votants s’étaient prononcés en faveur du maintien du statut de territoire britannique d’outre-mer.

L’Argentine récuse cet argument. Elle considère les insulaires comme une population implantée après l’occupation britannique de 1833 et estime que le principe applicable est celui de l’intégrité territoriale, non celui de l’autodétermination.

Les Nations unies maintiennent les îles sur leur liste des territoires non autonomes. La Résolution 2065, adoptée par l’Assemblée générale en 1965, a reconnu l’existence d’un différend de souveraineté et appelé l’Argentine et le Royaume-Uni à rechercher une solution négociée en tenant compte des intérêts des habitants. Elle n’a attribué la souveraineté à aucune des deux parties.

Une cause nationale argentine

L’Argentine et le Royaume-Uni se sont affrontés en 1982 pendant une guerre de 74 jours, déclenchée par l’occupation argentine de l’archipel et terminée par la victoire britannique. Le conflit a coûté la vie à 649 militaires argentins, 255 Britanniques et trois civils des îles.

Plus de quatre décennies après la guerre, la revendication demeure profondément ancrée dans l’identité politique argentine. Elle a même resurgi lors de la Coupe du monde 2026, lorsque des joueurs de l’Albiceleste ont déployé une banderole proclamant « Las Malvinas son argentinas » après leur victoire contre l’Angleterre en demi-finale.

Ce nouvel épisode ne modifie pas, pour l’instant, le contrôle effectif de l’archipel. Il accroît cependant la pression diplomatique et ajoute la question pétrolière à une controverse historique. Milei tente de transformer l’ambiguïté de Trump en occasion pour l’Argentine ; Londres répond en réaffirmant une position qu’il juge non négociable. Sans dialogue, les déclarations les plus catégoriques peuvent faire monter la tension, mais difficilement modifier le statu quo.

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