Le constructeur allemand prévoit de supprimer quelque 50 000 postes supplémentaires dans le monde, qui s’ajouteront aux 50 000 déjà concernés par les programmes engagés en Allemagne. Quatre sites industriels restent sans production garantie au-delà de 2030, mais aucune fermeture d’usine n’a été approuvée.
Volkswagen s’engage dans la plus vaste restructuration de ses 89 années d’existence. Le conseil de surveillance du groupe a approuvé à l’unanimité un plan prévoyant l’ajustement d’environ 50 000 postes supplémentaires dans le monde d’ici à 2030. Cette nouvelle réduction s’ajoutera aux quelque 50 000 emplois déjà concernés par les accords conclus en Allemagne chez Volkswagen, Audi, Porsche et Cariad.
Au total, près de 100 000 postes pourraient ainsi disparaître avant la fin de la décennie, soit environ 15 % des plus de 650 000 emplois que compte le groupe. Cette estimation ne correspond toutefois pas à 100 000 licenciements immédiats. Une part importante de la première vague repose sur des départs volontaires, des préretraites et le non-remplacement de salariés quittant l’entreprise. Les modalités sociales et géographiques des 50 000 nouvelles suppressions restent, quant à elles, à préciser.
Une restructuration dictée par la baisse des coûts
La direction estime indispensable d’adapter les effectifs et les capacités industrielles à une situation économique profondément transformée. Le premier constructeur automobile européen subit simultanément le ralentissement de ses ventes en Chine, la concurrence croissante des marques asiatiques, les droits de douane américains et une demande de véhicules électriques moins régulière que prévu.
La rentabilité du groupe s’est nettement dégradée. Sa marge opérationnelle est tombée à 3,8 % au premier semestre 2026, contre 7,9 % en 2022. Volkswagen veut désormais atteindre une marge de 9 % et vendre environ neuf millions de véhicules par an à l’horizon 2030. Le plan prévoit également de réduire les frais généraux, de simplifier l’organisation du groupe et de resserrer sensiblement son portefeuille de modèles.
Le constructeur considère par ailleurs que ses capacités de production européennes dépassent la demande de plus de 500 000 véhicules par an. Cette surcapacité explique en partie les interrogations entourant plusieurs usines allemandes.
Quatre sites dans l’incertitude après 2030
Volkswagen reconnaît ne pas pouvoir garantir, en l’état actuel, de nouvelles affectations industrielles à quatre sites : Hanovre, Emden, Zwickau et Neckarsulm. La production des modèles qui y sont actuellement assemblés doit prendre fin progressivement entre 2031 et 2034.
Cela ne signifie pas que leur fermeture ait déjà été décidée. Le groupe affirme rechercher des utilisations alternatives pour ces installations, tandis que les représentants des salariés soulignent qu’aucune suppression de site n’a été approuvée. La distinction est importante : ces usines ne sont pas condamnées, mais elles devront obtenir de nouveaux modèles ou accueillir d’autres activités pour assurer leur avenir industriel.
L’inquiétude est particulièrement forte à Zwickau, ville de Saxe dont l’économie dépend largement de l’industrie automobile et de ses sous-traitants. Le site, converti à la production de véhicules électriques, devait symboliser la transformation technologique de Volkswagen. Son avenir incertain illustre désormais les difficultés rencontrées par cette transition.
Un compromis social après des semaines de tensions
L’adoption du plan intervient après plusieurs semaines d’affrontement entre la direction et les syndicats. Ces derniers avaient notamment reproché au groupe son manque de transparence, la perspective de 100 000 suppressions de postes ayant été révélée dans la presse avant d’être officiellement présentée aux représentants du personnel.
La gouvernance particulière de Volkswagen confère aux salariés une influence importante au sein du conseil de surveillance, où leurs représentants occupent la moitié des sièges. Le Land de Basse-Saxe, qui détient une participation dans le groupe et accueille six de ses usines, joue également un rôle déterminant dans les décisions stratégiques.
Le plan approuvé prévoit de recentrer les compétences du conseil de surveillance sur les mesures présentant une importance majeure pour l’ensemble du groupe. La direction y voit un moyen d’accélérer les décisions. Les syndicats redoutent néanmoins que cette évolution réduise leur capacité à intervenir dans certains arbitrages industriels.
Christiane Benner, présidente d’IG Metall, et Daniela Cavallo, qui dirige le comité d’entreprise du groupe, estiment avoir obtenu un compromis évitant une escalade dangereuse. Elles insistent sur le fait qu’aucune usine n’a été abandonnée et que la recherche de solutions industrielles doit se poursuivre.
Un tournant pour l’industrie automobile européenne
La restructuration de Volkswagen dépasse le seul cas du constructeur allemand. Elle illustre la pression qui pèse sur l’ensemble de l’industrie automobile européenne, confrontée au coût de la transition électrique, au ralentissement de certains marchés et à des concurrents chinois souvent plus rapides et moins chers.
Le chiffre de 100 000 postes donne la mesure du bouleversement, mais il ne dit pas encore précisément où ni comment les réductions seront appliquées. L’enjeu des prochaines négociations sera de déterminer quelles activités seront touchées, quelles garanties seront accordées aux salariés et quels projets pourront maintenir les quatre sites aujourd’hui fragilisés.
Volkswagen a désormais fixé la direction de sa transformation. Sa réussite dépendra autant des économies réalisées que de sa capacité à préserver ses compétences industrielles et à proposer des perspectives crédibles aux territoires qui vivent de ses usines.