Un juge fédéral a suspendu pour quatorze jours l’exclusion de trois médias décidée par Donald Trump. Il estime que le retrait de leurs accréditations pourrait avoir été effectué sans respecter les garanties constitutionnelles.
La justice américaine a ordonné, jeudi 24 septembre, le rétablissement immédiat des accréditations de CNN, MS NOW et Politico, dont les journalistes avaient été privés d’accès à la Maison-Blanche à la suite d’une décision du président Donald Trump. Cette ordonnance provisoire intervient dans un contexte de tensions croissantes entre l’administration américaine et plusieurs grands médias.
Le juge fédéral Timothy Kelly, siégeant au tribunal de district de Washington, a estimé que le retrait des accréditations avait probablement été effectué sans respecter les garanties procédurales auxquelles les journalistes concernés pouvaient prétendre. Il a donc ordonné leur restitution pour une période initiale de quatorze jours, jusqu’au 8 octobre, sauf nouvelle décision judiciaire.
Cette mesure d’urgence permet aux journalistes concernés de retrouver temporairement leur accès à la présidence américaine, dans l’attente d’un examen approfondi de l’affaire.
Un conflit autour de la liberté de la presse
La controverse remonte au vendredi précédent, lorsque Donald Trump avait annoncé sur ses réseaux sociaux le retrait des accréditations des trois médias. Selon Politico, cette décision concernait 78 journalistes.
Les médias visés ont saisi la justice, estimant que cette exclusion constituait une mesure de rétorsion liée à leur couverture de l’actualité présidentielle et portait atteinte au Premier amendement de la Constitution américaine, qui protège notamment la liberté de la presse.
Lors d’une audience mercredi, le juge Kelly avait déjà exprimé ses réserves sur les conditions dans lesquelles les accréditations avaient été retirées, en particulier l’absence de règles préalablement établies et de notification permettant aux journalistes de contester la décision.
Dans son ordonnance, le magistrat rappelle que l’administration doit, en principe, informer les personnes concernées et leur donner la possibilité de présenter leurs arguments avant de les priver d’un intérêt protégé par la Constitution. Or, les journalistes n’auraient été informés de leur possibilité de recours que cinq jours après le retrait de leurs accréditations.
L’argument de la sécurité nationale contesté
La Maison-Blanche avait invoqué des impératifs de sécurité nationale pour justifier sa décision. Le juge a toutefois relevé qu’aucun élément factuel présenté à ce stade ne démontrait que l’exclusion des médias concernés contribuait à protéger la sécurité des États-Unis.
Il a également souligné que Donald Trump avait principalement motivé publiquement sa décision par ce qu’il considérait comme une couverture médiatique excessivement négative de son administration.
L’affaire a suscité des réactions au sein de la presse américaine. Plusieurs chaînes de télévision ont suspendu leur participation au système de couverture mutualisée des activités présidentielles, connu sous le nom de pool, en solidarité avec les médias exclus. Ces restrictions ont notamment compliqué la diffusion d’images du président américain pendant l’Assemblée générale des Nations unies.
La décision rendue jeudi constitue une première étape judiciaire. Le tribunal devra encore déterminer si le retrait des accréditations constituait une violation de la liberté de la presse et des garanties constitutionnelles invoquées par les plaignants.