>

Turquie : l’AKP veut présenter Erdoğan en 2028, mais l’obstacle constitutionnel reste à lever

29 septembre 2026 - 09:29

Le parti au pouvoir a confirmé Recep Tayyip Erdoğan comme son candidat à la prochaine présidentielle. Une candidature politiquement assumée mais juridiquement conditionnée : la Constitution limite à deux le nombre de mandats présidentiels et une nouvelle candidature d’Erdoğan nécessiterait, dans le cadre actuel, que le Parlement décide de renouveler les élections avant leur échéance normale.

Le Parti de la justice et du développement (AKP) a clairement affiché son choix pour la prochaine présidentielle turque. Son porte-parole, Ömer Çelik, a affirmé que Recep Tayyip Erdoğan serait le candidat du parti et de l’Alliance populaire lors du prochain scrutin, mettant en avant une position déjà défendue par les différentes composantes de la coalition gouvernementale.

Cette annonce relance cependant un débat juridique et politique ancien. Erdoğan, réélu en 2023, exerce actuellement son deuxième mandat sous le système présidentiel instauré après la réforme constitutionnelle de 2017. Or, la Constitution turque dispose qu’une même personne ne peut être élue président de la République plus de deux fois.

La clé des 360 députés

Une exception est néanmoins prévue. Si, pendant le deuxième mandat du président, la Grande Assemblée nationale décide de renouveler les élections, le chef de l’État peut se présenter une fois supplémentaire. Une telle décision exige une majorité des trois cinquièmes du Parlement, soit au moins 360 voix sur les 600 députés.

C’est donc moins la volonté politique de l’AKP de présenter Erdoğan que la procédure permettant juridiquement cette candidature qui se trouve au centre du débat. Dans le cadre constitutionnel actuel, une simple décision du président d’avancer les élections ne lui ouvrirait pas cette possibilité : l’initiative juridiquement déterminante doit venir du Parlement.

Le président de l’Assemblée nationale, Numan Kurtulmuş, a récemment rappelé cette règle en soulignant que la décision de renouveler les élections appartient au Parlement dès lors qu’une majorité de 360 députés est réunie. Il a toutefois précisé qu’il ne s’attendait pas, à ce stade, à une décision d’élections anticipées et que l’Assemblée travaillait sur la base du calendrier électoral normal.

Le scénario du 16 avril 2028

L’échéance ordinaire des prochaines élections présidentielle et législatives est fixée au 7 mai 2028. Mais l’hypothèse d’un scrutin légèrement avancé, notamment au 16 avril, circule désormais dans l’entourage présidentiel. Mehmet Uçum, conseiller en chef d’Erdoğan et vice-président du Conseil des politiques juridiques de la présidence, a publiquement évoqué cette date comme l’un des scénarios permettant d’activer le mécanisme constitutionnel de renouvellement des élections.

Le 16 avril revêt par ailleurs une forte dimension symbolique en Turquie : il correspondrait au onzième anniversaire du référendum constitutionnel de 2017 qui a consacré le passage au système présidentiel. Mais cette date reste à ce stade une hypothèse et non un calendrier électoral officiellement arrêté.

Une candidature annoncée politiquement, pas encore sécurisée juridiquement

Ömer Çelik rejette pour sa part les interrogations de l’opposition sur la candidature d’Erdoğan, qu’il présente comme des spéculations politiques. Selon lui, la position de l’AKP et de ses alliés est sans ambiguïté : le président sortant sera leur candidat lors de la prochaine présidentielle.

La distinction reste néanmoins essentielle entre désignation politique et éligibilité constitutionnelle. L’AKP et ses alliés peuvent dès aujourd’hui annoncer Erdoğan comme leur candidat, mais sa candidature effective en 2028 dépendra de la manière dont sera organisé le scrutin — ou, alternativement, d’une modification préalable de la Constitution.

À moins de deux ans de l’échéance normale, la question est ainsi appelée à rester au cœur du débat politique turc : Erdoğan dispose déjà du soutien déclaré de son camp pour se représenter, mais le mécanisme juridique permettant cette nouvelle candidature reste encore à mettre en œuvre.

Partager l'article

Partagez vos idées

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *