La Fédération nationale de l’enseignement, affiliée à la Confédération démocratique du travail (CDT), a présenté une série de 16 dossiers revendicatifs au ministre de l’Éducation nationale, Nabil Benabdallah. Rémunérations, promotions, conditions de travail, application des accords de 2023 et défense de l’école publique figurent au cœur des discussions.
Le dialogue social dans le secteur de l’éducation nationale revient au premier plan. La Fédération nationale de l’enseignement (FNE-CDT) a soumis seize dossiers revendicatifs au ministre de l’Éducation nationale, du Préscolaire, de la Formation professionnelle et de la Qualification, Nabil Benabdallah, lors d’une réunion tenue jeudi 29 octobre 2026.
Cette rencontre a permis à l’organisation syndicale de dresser un état des lieux des difficultés auxquelles sont confrontés les personnels de l’enseignement et de réclamer des réponses concrètes aux engagements gouvernementaux encore en suspens.
Les revendications portent aussi bien sur les questions salariales et statutaires que sur les conditions d’exercice des métiers de l’éducation et l’avenir du service public d’enseignement.
L’application des accords de décembre 2023 au centre des discussions
Parmi les principales demandes figure la mise en œuvre intégrale des accords conclus les 10 et 26 décembre 2023 entre le gouvernement et les représentants syndicaux du secteur.
La CDT réclame un bilan précis des engagements déjà exécutés et de ceux qui restent à concrétiser, notamment dans le cadre de l’application du statut unifié des fonctionnaires de l’Éducation nationale.
Le syndicat insiste sur la nécessité d’établir un calendrier clair et contraignant pour le règlement des dossiers en suspens.
Pour l’organisation, la crédibilité du dialogue social dépend de la traduction effective des engagements pris, au-delà des annonces et des réunions de concertation.
Indemnités, salaires et promotions : les priorités des personnels
Les revendications financières occupent une place importante dans la plateforme syndicale.
La CDT demande notamment l’instauration d’indemnités complémentaires au profit des enseignants du primaire et du secondaire collégial, ainsi que des cadres spécialisés dans l’accompagnement pédagogique et social.
Elle réclame également le versement, avec effet rétroactif, de l’indemnité spécifique de 500 dirhams destinée aux assistants pédagogiques.
Le règlement des indemnités liées aux examens, à la correction des épreuves et aux heures supplémentaires figure également parmi les dossiers présentés au ministère.
L’organisation appelle par ailleurs à une amélioration des revenus des administrateurs et à un traitement équitable des personnels exerçant dans les établissements engagés dans le programme des écoles pionnières.
Les questions de l’ancienneté, de la promotion professionnelle et de l’accès aux grades supérieurs restent également au cœur des préoccupations syndicales.
Temps de travail et reconnaissance des différentes catégories professionnelles
La Fédération nationale de l’enseignement demande une réduction du volume horaire hebdomadaire et une clarification des missions attribuées aux différentes catégories de personnels.
Elle plaide notamment pour l’adoption d’un statut particulier pour les enseignants agrégés, ainsi que pour la poursuite de l’intégration et de la promotion des assistants pédagogiques.
La mise en œuvre équitable de l’article 77 du statut et l’accélération du traitement des demandes d’intégration, avec leurs effets administratifs et financiers, figurent également dans les revendications.
Le syndicat évoque en outre la situation des administrateurs pédagogiques, des cadres de direction, d’orientation, de planification et d’inspection, ainsi que des personnels chargés de la gestion financière et administrative des établissements.
Les ingénieurs, médecins, techniciens, rédacteurs et autres catégories administratives sont également concernés par les demandes d’amélioration des parcours professionnels.
Les titulaires de diplômes et les docteurs du secteur toujours dans l’attente
La situation des fonctionnaires titulaires de diplômes universitaires supérieurs et celle des docteurs exerçant dans l’Éducation nationale constituent un autre volet du dossier.
La CDT demande l’achèvement du traitement des situations encore en suspens et la programmation des postes nécessaires au règlement du dossier des docteurs, conformément à l’accord du 26 décembre 2023.
Elle insiste également sur la régularité des concours professionnels, la régularisation de la situation des candidats admis et le traitement des dossiers de titularisation, de promotion, d’intégration et de reclassement.
Certaines de ces situations remontent, selon le syndicat, à 2016.
Enseignement de l’amazigh et conditions de travail dans les zones reculées
La plateforme revendicative comprend aussi des demandes relatives à l’organisation pédagogique et à l’équité territoriale.
La CDT appelle à la généralisation de l’enseignement de la langue amazighe, accompagnée des ressources humaines et des moyens pédagogiques nécessaires.
Elle demande également la régularisation de la situation des personnels des établissements d’épanouissement artistique et culturel, ainsi que le versement des indemnités destinées aux enseignants exerçant dans les zones difficiles et éloignées.
Les dysfonctionnements liés aux mutations professionnelles, le traitement des recours et la prise en compte des situations médicales particulières figurent parmi les autres préoccupations soulevées.
Préscolaire et personnels sous-traitants : la question de la précarité
L’organisation syndicale élargit ses revendications aux catégories qui ne bénéficient pas toujours des mêmes garanties professionnelles que les fonctionnaires du secteur.
Elle réclame l’intégration des éducatrices et éducateurs du préscolaire dans la fonction publique.
La situation des agents de sécurité, des personnels de nettoyage et des travailleurs chargés de la restauration dans les établissements scolaires a également été abordée.
La CDT demande une amélioration de leurs conditions de travail, la protection de leurs droits sociaux et professionnels et la fin des formes de précarité liées à leurs modalités d’emploi.
Sanctions disciplinaires et libertés syndicales
Enfin, la Fédération nationale de l’enseignement réclame le retrait des sanctions prononcées dans le contexte des mobilisations du secteur éducatif.
Elle demande la suppression de leurs conséquences administratives, le réexamen des retenues sur salaire et le règlement des dossiers disciplinaires encore ouverts.
L’organisation insiste parallèlement sur la protection des libertés syndicales, du droit d’organisation et du droit de protestation.
Une réforme de l’école publique qui doit associer les personnels
Au-delà des revendications catégorielles, la CDT défend une conception de la réforme éducative fondée sur la gratuité de l’enseignement public, l’amélioration de sa qualité et l’égalité des chances dans l’accès à l’éducation.
Elle demande une augmentation du nombre de postes budgétaires ouverts aux concours de recrutement, ainsi que l’application de l’âge légal d’accès à la fonction publique.
Le syndicat appelle également à une participation effective des personnels et de leurs représentants à l’élaboration, au suivi et à l’évaluation des réformes.
Cette rencontre met en évidence l’ampleur des attentes sociales et professionnelles dans le secteur éducatif. Si les seize dossiers présentés dessinent une feuille de route syndicale détaillée, leur aboutissement dépendra désormais des réponses du ministère, des arbitrages budgétaires et du calendrier de mise en œuvre des engagements déjà conclus.