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Sahara marocain : la fin du mandat de la MINURSO pourrait-elle rebattre les cartes sur le terrain ?

01 novembre 2026 - 19:01

Le non-renouvellement de la mission onusienne ouvre une nouvelle phase dans la gestion du dossier du Sahara. Pour le chercheur Mohamed Salem Abdel Fattah, cette évolution pourrait offrir au Maroc une marge de manœuvre accrue dans ses provinces du Sud. Une perspective qui demeure toutefois tributaire des équilibres sécuritaires, diplomatiques et juridiques.

L’expiration du mandat de la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (MINURSO) pourrait avoir des conséquences dépassant largement le seul retrait d’un dispositif onusien présent depuis trente-cinq ans. Elle soulève désormais la question de l’avenir des arrangements sécuritaires établis depuis le cessez-le-feu de 1991 et des éventuelles évolutions de la situation sur le terrain.

Dans une analyse accordée au quotidien électronique Alyaoum24, le chercheur spécialisé dans le dossier du Sahara, Mohamed Salem Abdel Fattah, estime que cette nouvelle configuration pourrait offrir au Maroc une occasion de réexaminer certains dispositifs de sécurité dans ses provinces du Sud.

Selon lui, l’incapacité du Conseil de sécurité à renouveler le mandat de la MINURSO marque une rupture dans le système de gestion du différend qui prévalait depuis le début des années 1990.

Vers une redéfinition des arrangements sécuritaires ?

Pour Mohamed Salem Abdel Fattah, l’une des principales conséquences possibles du départ de la MINURSO concerne les arrangements liés au cessez-le-feu et aux zones soumises à des restrictions militaires.

Le chercheur considère que l’absence de la mission pourrait ouvrir un débat sur l’avenir de ces dispositifs, notamment sur les possibilités de renforcer la sécurisation des espaces situés à proximité du dispositif de défense marocain.

Il évoque, à ce titre, l’hypothèse d’une extension du mur de défense et d’une adaptation du déploiement sécuritaire aux nouvelles réalités du terrain.

Il ne s’agit cependant pas d’une décision annoncée par les autorités marocaines, mais d’un scénario envisagé par le chercheur, dont la concrétisation dépendrait de l’évolution de la situation et des réactions des différentes parties concernées.

Une distinction s’impose également sur le plan juridique : la disparition du mécanisme onusien de surveillance ne signifie pas automatiquement la caducité de l’ensemble des engagements et arrangements militaires antérieurs.

Toute modification substantielle de ces dispositifs pourrait soulever de nouvelles questions au regard du droit international et de la stabilité régionale.

Le précédent de Guerguerat

Pour étayer son analyse, Mohamed Salem Abdel Fattah revient sur l’intervention marocaine de novembre 2020 visant à rétablir la circulation au passage de Guerguerat.

Selon lui, cet épisode a constitué un tournant dans la manière dont le Maroc répond aux évolutions sécuritaires dans la région.

Le chercheur y voit une illustration de la capacité du Royaume à prendre des initiatives sur le terrain lorsque les circonstances l’exigent.

Il établit ainsi un parallèle entre les événements de Guerguerat et les scénarios susceptibles d’émerger après le retrait de la MINURSO.

Cette comparaison appelle néanmoins une réserve : les circonstances de novembre 2020 et celles de novembre 2026 ne sont pas identiques. L’absence de mission onusienne pourrait modifier les conditions de surveillance et de désescalade, sans pour autant rendre inévitable une transformation des positions militaires.

L’Algérie face à une nouvelle donne

L’analyse de Mohamed Salem Abdel Fattah accorde également une place importante à l’Algérie.

Le chercheur estime que la fin de la MINURSO pourrait contraindre Alger à revoir certains paramètres de son approche du dossier du Sahara.

Selon son interprétation, le maintien de la mission permettait de préserver un cadre de gestion du différend établi depuis 1991, tandis que sa disparition pourrait modifier les équilibres politiques et diplomatiques sur lesquels reposait cette approche.

Il considère ainsi que l’Algérie aurait pu privilégier la poursuite de la présence onusienne, y compris dans le cadre d’un mandat révisé.

Cette appréciation relève toutefois de l’analyse du chercheur et ne saurait être assimilée, en l’absence de déclaration officielle correspondante, à une position exprimée par les autorités algériennes.

Une transformation du cadre international

Le Conseil de sécurité n’est pas parvenu, le 30 octobre, à adopter les projets de résolution visant à prolonger le mandat de la MINURSO.

Le texte présenté par les États-Unis, qui prévoyait une révision de la mission et de son appellation, s’est heurté au veto russe. La proposition alternative de Moscou n’a pas davantage obtenu les voix nécessaires à son adoption.

Cette impasse a entraîné l’expiration du mandat le 31 octobre, conformément à la résolution 2797 adoptée un an auparavant.

Pour Mohamed Salem Abdel Fattah, ce développement pourrait amener les acteurs internationaux à reconsidérer leurs instruments d’intervention dans le dossier du Sahara, dans un contexte très différent de celui qui prévalait lors de la création de la MINURSO.

Le Maroc entend, pour sa part, poursuivre la dynamique diplomatique autour de son initiative d’autonomie sous souveraineté marocaine, désormais retenue par le Conseil de sécurité comme base des négociations.

Entre opportunité stratégique et impératif de stabilité

Le non-renouvellement du mandat de la MINURSO ouvre incontestablement une nouvelle séquence dans le dossier du Sahara. Il ne permet toutefois pas de conclure, à lui seul, à une modification imminente des arrangements militaires sur le terrain.

Deux dimensions doivent être distinguées : la possibilité, pour le Maroc, d’adapter sa stratégie à un environnement diplomatique renouvelé, et les risques qu’une évolution non concertée des dispositifs sécuritaires pourrait faire peser sur la stabilité régionale.

Les Nations unies demeurent engagées dans la recherche d’une solution politique par l’intermédiaire de l’envoyé personnel du secrétaire général, Staffan de Mistura.

L’enjeu des prochains mois sera donc de savoir si la disparition de la MINURSO favorisera une nouvelle dynamique diplomatique ou si elle accentuera les incertitudes sécuritaires.

Pour Mohamed Salem Abdel Fattah, la fin de cette mission représente avant tout une occasion de repenser les paramètres d’un différend dont les mécanismes de gestion sont restés largement tributaires d’une configuration héritée des années 1990.

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