Le scientifique marocain Rachid Yazami annonce une avancée prometteuse dans la recharge ultrarapide des batteries lithium-ion. Grâce à une technologie développée par sa société KVI, basée à Singapour, une cellule de batterie a pu être rechargée intégralement en sept minutes, selon les résultats communiqués par l’entreprise. Une innovation susceptible de transformer la mobilité électrique, même si son application à grande échelle doit encore franchir plusieurs étapes scientifiques et industrielles.
Le chercheur et inventeur marocain Rachid Yazami, reconnu pour sa contribution majeure au développement des batteries lithium-ion, vient d’annoncer une nouvelle avancée technologique dans un domaine stratégique pour l’avenir de l’industrie automobile : la recharge ultrarapide des batteries électriques.
Selon un communiqué publié le 29 octobre par KVI, l’entreprise qu’il a fondée à Singapour, une nouvelle méthode de recharge a permis de porter une cellule de batterie lithium-fer-phosphate (LFP) de 10 % à 70 % de sa capacité en seulement 3,7 minutes.
La société affirme également avoir obtenu une recharge complète, de 0 % à 100 %, en sept minutes.
Ces résultats, détaillés par le scientifique marocain dans un entretien accordé à Al Jazeera Net, pourraient ouvrir de nouvelles perspectives pour l’industrie des véhicules électriques, confrontée à la nécessité de réduire les temps d’immobilisation liés à la recharge.
Une méthode qui adapte la tension aux besoins de la batterie
Baptisée « voltampérométrie non linéaire » (Non-Linear Voltammetry, NLV), la technologie développée par KVI repose sur une approche différente des méthodes classiques de recharge.
Au lieu de privilégier un courant de charge imposé, elle applique une succession de niveaux de tension soigneusement contrôlés, en laissant le courant électrique évoluer en fonction de la réponse électrochimique de la batterie.
Entre certaines étapes, de brèves pauses permettent à la cellule de se stabiliser.
Selon Rachid Yazami, cette méthode contribue à limiter l’échauffement et les phénomènes susceptibles de détériorer les composants internes.
Lors des essais annoncés par KVI, la température de la cellule serait restée inférieure à 50 degrés Celsius, malgré la rapidité de la recharge.
L’objectif consiste à trouver un équilibre entre vitesse, sécurité et préservation des performances de la batterie, trois paramètres dont la maîtrise demeure essentielle pour les constructeurs automobiles.
Des résultats prometteurs sur la durée de vie
La rapidité de recharge ne constitue pas le seul aspect de cette innovation.
Rachid Yazami affirme que les essais ont également montré une résistance encourageante à la dégradation des cellules.
Selon les données qu’il a communiquées à Al Jazeera Net, la technologie aurait permis de dépasser 900 cycles de charge et de décharge, avec une perte de capacité ne dépassant pas 11 %.
Le chercheur indique également qu’aucune formation problématique de dendrites métalliques n’aurait été observée dans les conditions expérimentales étudiées.
Ces dépôts de lithium peuvent apparaître lors de recharges particulièrement rapides. Leur développement représente un risque pour les performances et, dans certaines circonstances, pour la sécurité des batteries.
La méthode mise au point par KVI cherche précisément à mieux maîtriser les réactions internes responsables de ces phénomènes.
Elle intègre par ailleurs des outils de diagnostic destinés à surveiller l’état des cellules et à détecter certains signes précurseurs de courts-circuits internes.
Ces performances devront néanmoins être confirmées par des évaluations approfondies et reproductibles, notamment sur des batteries soumises à des conditions d’utilisation variées.
Du laboratoire à l’automobile : un défi encore à relever
Malgré l’importance des résultats annoncés, une distinction essentielle s’impose : les performances de recharge en sept minutes ont été obtenues sur des cellules individuelles, et non sur une batterie automobile complète.
Or, les batteries des véhicules électriques réunissent un grand nombre de cellules, dont les caractéristiques thermiques et électriques peuvent différer.
Le passage à cette échelle nécessite une gestion particulièrement rigoureuse de la température, de la puissance délivrée et de l’équilibrage entre les cellules.
Interrogé par Al Jazeera Net, Maher El-Kady, chercheur en chimie à l’Université de Californie, souligne que l’application industrielle de cette méthode devra être soumise à des essais plus exigeants.
La sécurité, la stabilité des performances dans le temps et la capacité à répéter des recharges aussi rapides constituent autant de critères déterminants.
La puissance des infrastructures de recharge représente également un enjeu majeur : alimenter en quelques minutes une batterie automobile de grande capacité exige des équipements bien plus puissants que ceux utilisés pour une cellule expérimentale.
L’innovation est donc prometteuse, mais elle ne signifie pas que les automobilistes pourront immédiatement recharger leurs véhicules en sept minutes.
Des perspectives industrielles au-delà de l’automobile
KVI envisage désormais de faire évoluer sa technologie vers des applications commerciales.
Selon son communiqué, Electro Mobility Holding Singapore prépare le développement de systèmes de recharge intégrant la méthode NLV, avec une priorité accordée au marché des véhicules électriques.
Les perspectives pourraient également concerner les téléphones, les équipements électroniques et certaines applications aéronautiques.
Le 28 octobre, KVI a signé un protocole d’accord avec la société japonaise SkyDrive, spécialisée dans le développement d’aéronefs électriques à décollage et atterrissage verticaux.
Cette coopération vise à explorer les possibilités d’application de la recharge ultrarapide à l’aviation électrique, où la réduction du temps d’immobilisation entre deux vols représente un enjeu économique important.
Rachid Yazami, une référence marocaine de l’innovation mondiale
Cette nouvelle annonce confirme la place singulière qu’occupe Rachid Yazami dans la recherche internationale sur le stockage de l’énergie.
Le scientifique marocain est notamment connu pour ses travaux pionniers sur l’anode en graphite, devenue un composant essentiel des batteries lithium-ion modernes.
Ses recherches ont contribué à l’essor de technologies aujourd’hui présentes dans les téléphones portables, les ordinateurs et les véhicules électriques.
Avec la recharge ultrarapide, il poursuit ses travaux sur l’un des principaux obstacles à la généralisation de la mobilité électrique.
Pour le Maroc, cette avancée présente également une portée symbolique et stratégique.
Elle illustre la capacité des compétences scientifiques marocaines à contribuer à des innovations de dimension mondiale dans un secteur au cœur des transformations énergétiques et industrielles.
Elle pose aussi la question de la valorisation de ces compétences au niveau national, à travers la recherche appliquée, les partenariats technologiques et le développement d’un écosystème industriel consacré aux batteries.
Toutefois, les travaux annoncés par KVI étant principalement développés à Singapour, aucune retombée industrielle directe au Maroc ne peut être considérée comme acquise à ce stade.
La recharge d’une cellule en sept minutes constitue une étape technologique remarquable si ses performances sont confirmées à grande échelle. Le prochain défi de Rachid Yazami sera de transformer cette réussite expérimentale en une solution industrielle fiable, accessible et adaptée aux véhicules électriques de demain.